My Perfect Prosecutor
Chapitre 1
Le soleil se couchait. On entendait des cris d’enfants venant du parc avoisinant. A la terrasse d’un café, une jeune fille débarrassait les tables des quelques verres laissés par ses derniers clients. Un couple d’amoureux se promenant le long de la rue, bras dessus dessous. Soudain, une détonation, un silence pesant, puis des cris, effroyables, qui s’envolait dans le ciel orangé…
Il faisait déjà nuit lorsque Benjamin Hunter quitta son travail. Fatigué d’une pénible journée de travail durant laquelle un certain inspecteur que bon nombres d’entre nous jugeront de « négligé » lui avait tourné autour comme un chiot devant lequel on agite un jouet, il monta à bord de sa voiture de sport rouge et prit la direction de son domicile. Alors qu’il approchait de son but, qui était s’asseoir dans son canapé avec un bon verre de bourbon (c’est un homme de goût), son téléphone sonna. On sait bien qu’il ne faut pas téléphoner en conduisant, mais s’il ne décroche pas, il n’y aura pas d’histoire.
- Hunter, j’écoute ?
- AH ! Monsieur !
- Pour l’amour du ciel, Tektiv, quand allez-vous enfin me laisser en paix ?!
- Euh, désolé de vous déranger, monsieur, mais c’est que, on a comme qui dirait, euh, un problème…
- *soupir* Quel genre de problème ?
- Un cadavre, monsieur !
- Je vous demande pardon ?
- On vient de trouver un mort dans un parc, monsieur !
- Moui, fit Benjamin d’un ton las, et en quoi cette découverte me concerne-t-elle ?
- Et bien, on a déjà retrouvé le meurtrier, monsieur !
- Fantastique, lui lança le jeune procureur avec un ton qui se voulait sarcastique, mais cela, l’inspecteur Dick Tektiv ne s’en rendit pas compte.
- Il y a votre assistante sur place !
- Ma quoi ?
- Oui enfin, c’est comme ça qu’elle s’est présentée, monsieur
- …
- Monsieur ?
- Bon, où êtes vous ?
- Au parc Eric Ast, monsieur !
- Je suis là dans une dizaine de minutes
- Bien monsieur !
Tout en raccrochant, Benjamin Hunter se dit que la soirée calme qu’il avait prévue devrait être reportée…
Quelques minutes plus tard, la voiture de sport du procureur Hunter se gara devant le parc Eric Ast. Voyant cela, l’inspecteur Tektiv fonça à sa rencontre, fou de joie d’avoir trouvé quelque chose qui prouve son efficacité en tant qu’agent de police. Les deux hommes se dirigèrent vers la scène de crime, où se trouvaient déjà une foule de policiers, quelques curieux passants qu’un agent en uniforme tentait désespérément d’éloigner, et une jeune femme aux longs cheveux noirs et bouclés, vêtue d’une longue jupe de couleur foncée et d’une veste rouge sang. Par terre, devant elle, se trouvait le corps d’un homme baignant dans le sang (sans doute le sien), que la jeune femme prenait en photo sous tous les angles possibles et imaginables. Remarquant l’arrivée de Tek Tiv et Hunter, elle se tourna pour leur faire face.
- Aaaaaaaaah !
- Aaaaaaaah !
- Aaaaaaaaaaaaah !
- V… Vous ! fit Benjamin, en pointant la jeune femme du doigt.
- Non mais ça va pas bien, de hurler comme ça ?! répliqua-t-elle. Et puis, c’est pas beau de montrer les gens du doigt !
- Mon cœur… mon pauvre cœur… soupira Tektiv, la main serrée sur sa poitrine.
- C’est vous qui vous êtes présentée comme étant mon assistante ?!
- Bah, et alors ? C’est pas tout à fait faux, non plus.
- On ne peut pas vraiment dire que ce soit vrai…
- Euh mais alors, qui êtes vous ? demanda Dick, une fois son rythme cardiaque revenu à la normale.
La brunette prit le temps de ranger son appareil photo dans son sac, puis replaça ce dernier sur son épaule, avant de dégager ses cheveux (avec une pose « l’Oréal » au passage, sous les yeux ébahis de Tektiv et le regard médusé d’Hunter), et leur adressa un sourire des plus chaleureux.
- Moi, c’est Anna ! Anna Dunham ! Je travaille au bureau du procureur !
- Mais vous n’êtes pas mon assistante !
- Roooh, c’est tout comme !
- Bref, commença Benjamin, en appuyant sur les yeux pour essayer de faire disparaître sa migraine naissante, je peux savoir ce que vous faites ici, exactement ?
- Et bien, il se trouve que j’étais dans le coin, quand… quand ça s’est produit.
- Alors, vous êtes témoin ? demanda le procureur, espérant avoir droit à une affaire facile, pour une fois.
- Et bien… pas exactement, non…
- (Zut, pensa Benjamin, forcément, ça serai trop simple)
- Quand j’ai entendu le coup de feu, je me suis rapprochée du parc, et le temps que j’arrive, il y avait déjà quelques policiers, sans doute devaient-ils traîner dans le coin, pour être arrivé aussi vite… bref, quand j’ai dit que j’appartenait au bureau du procureur, l’inspecteur a eu comme des étoiles dans les yeux et ma demandé, la voix pleine d’émotion « Vous connaîtriez pas le procureur Benjamin Hunter, pas hasard, ma p’tite demoiselle ? », et quand je lui ai dit que je travaillait dans les même locaux que vous, il semblait au bord des larmes, et m’a laissé entrer… Alors bon, comme j’avais mon appareil photo sur moi, j’en ai profité pour me rendre utile !
- …
De toute sa vie, Benjamin Hunter n’avait jamais, d’une part, rencontré une personne capable de déverser un tel flot de parole en si peu de temps (si ce n’est un témoin, une femme d’âge mûr qu’il avait appelé à la barre il y a quelques temps, mais dont il ne se souvenait plus du nom) et d’autre part, eu affaire à un inspecteur aussi désespérant. Sentant sa migraine s’intensifier, il choisit de simplifier tout ça et posa des questions simples, courtes, et pour la plupart fermées (vous savez, celle où on peut répondre que « oui » ou « non »), ce qui donna quelque chose du genre :
- Victime ?
- Salim Ante, 37 ans, il travaillait…
- Cause ?
- Blessure par balle dans…
- Heure ?
- Euh… entre 19h et 19h30.
- Témoins ?
- Oui, une jeune femme qui…
- Coupable attrapé ?
- Euh, oui…
- Preuves ?
- Oui, oui…
- Bon et bien, vous n’avez pas besoin de moi.
Sur ce, Hunter tourna les talons et retourna jusqu’à sa voiture, laissant les deux zigotos s’occuper tous seuls de leur victime, et retourna chez lui pour enfin pouvoir se reposer un peu.
Le lendemain, le procureur Benjamin Hunter sortait de l’ascenseur (c’est pas que c’est un fana des ascenseur, mais quand on a un bureau aux 12ème étage, c’est pas évident de prendre tous les jours l’escalier) pour rejoindre ledit bureau, quand sur sa route il senti quelque chose, ou plutôt quelqu’un butter contre lui.
- Oops ! Désolée !
- (Cette voix…)
Benjamin baissa les yeux et reconnu la personne qui lui était rentré dedans… et qui n’était autre qu’Anna Dunham… (qui d’autre ?)
- Oh, monsieur Hunter, bonjour ! Vous allez bien ?
- On fait aller. Où alliez vous comme ça ?
- Je retournais dans mon bureau. En fait, je reviens du votre, mais vous n’y étiez pas, logique, puisque vous êtes là, me direz vous… Bref, j’étais venue vous donner ça !
Elle lui tendit un dossier avec un sourire radieux, du genre « je suis heureuse de servir à quelque chose ». Il l’ouvrit et jeta un coup d’œil aux différents documents se trouvant dans la chemise : un rapport d’autopsie, des photos, une déposition…
- Et qu’est ce que c’est, au juste ?
- Bah, le dossier de l’affaire !
- L’affaire ?
- Vous savez, le meurtre, hier, au parc.
- Ah, ça…
- Alala, si jeune et déjà atteint par Alzheimer ?
- Je vous prierai de garder vos remarques pour vous, mademoiselle…
- … Dunham, Anna Dunham
- Oui, voila, mademoiselle Dunham
- Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais ma précédente remarque est d’autant plus valable maintenant !
- Plait-il ?
- Je vous ai donné mon nom hier !
- Ah oui. Excusé moi, j’ai du mal avec les noms
- Je vois ça, oui.
Voulant couper court à la conversation qui selon lui dérivait largement, Hunter se rendit dans son bureau, une pièce spacieuse et joliment décorée. Une bibliothèque s’étendait sur toute la longueur du mur de droite, devant laquelle se trouvait un plateau d’échec. En face, un sofa dans les tons pourpre et d’apparence confortable, surmonté d’un costume encadré accroché au mur. Le bureau, bien rangé, se trouvait au fond de la pièce, près de la baie vitrée (oui, une fenêtre de cette taille là, on appelle ça une baie vitrée, si je ne m’abuse) et faisait face à la porte. Benjamin posa sa veste sur le sofa et s’installa à son bureau afin de commencer à travailler sur ce fameux dossier.
Il commença par lire le rapport d’autopsie. La victime s’appelait Salim Ante, 29 ans, agent d’accueil dans un hôtel proche du parc où son corps a été retrouvé. Cause de la mort : Blessure par balle dans la poitrine, perforation du poumon gauche, hémorragie interne importante. Heure estimée de la mort : entre 19h et 19h30. Le jeune et talentueux procureur s’intéressa alors aux photos. « Sans doute celle prise par cette femme » pensa-t-il, en faisait allusion à Anna, dont il avait encore oublié le nom. Elle avait beau avoir l’air insouciante, ses photos était nettes, précises, et donnaient lorsqu’on les regardait toutes à tour de rôle une bonne vision d’ensemble de l’état dans lequel la victime avait été retrouvée. Il était face contre terre, dans une flaque de sang, un filet de sang sortant de sa bouche. Pas très réjouissant, tout ça, pour commencer une journée. Mais après tout, il était habitué maintenant.
Il continua dans sa lancée et lu la fiche sur l’accusé : John Nammard, 44 ans, jardinier, a été vu par le témoin sur les lieu du crime au moment des faits. N’a en apparence aucun lien avec la victime, si ce n’est qu’ils ont tous deux fréquenté le même bar-tabac le soir du meurtre. A été formellement identifié par le témoin et arrêté rapidement par la police. Hunter fouilla dans les documents restant pour trouver la fameuse déposition du témoin. Il s’agissait d’une certaine Lisa Desyeux, 22 ans, étudiante en histoire des arts.
« Je me promenai près du parc, quand j’ai entendu des voix d’homme. Ils semblaient se disputer. Ce n’est pas dans mes habitudes d’écouter les conversations des autres, mais ces deux là parlaient si fort que je n’ai pas pu y échapper. Malheureusement, je n’ai pas tout entendu de ce qu’ils disaient, car je ne faisais pas trop attention… Oh lala, si j’avais su… Enfin, juste à ce moment là, j’ai entendu un bruit sourd, un « BANG ! », un bruit de pistolet… J’ai aussitôt regardé dans la direction du coup, et j’ai vu cet homme – l’accusé, c’est comme ça qu’on dit ? – rester stoïque quelques secondes puis s’enfuir. Quand je me suis approchée, j’ai vu ce pauvre homme par terre. Alors j’ai aussitôt appelé la police, puis je suis restée près du corps en attendant. »
Benjamin rangea tous les papiers dans la chemise dans laquelle on les lui avait donné, et se dit que cette affaire n’avait finalement pas l’air si compliqué que ça. Il se détendit un peu le cou, lorsqu’on frappa à la porte. Anna Dunham passa la tête par la porte, un sourire confus aux lèvres.
- Encore vous ?
- Dites le si vous n’êtes pas content de me voir !
Benjamin lui lança un regard signifiant « Je ne suis pas content de vous voir », mais cela n’empêcha pas la jeune femme d’entrer d’un pas serein dans le bureau.
- Qu’est ce que vous voulez, cette fois ?
- Et bien, vous n’êtes pas du matin, vous !
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire que vous êtes tout ronchon ! Enfin bref, enchaîna-t-elle, voyant le regard furieux du procureur, le témoin, Lisa Desyeux, est ici, si vous voulez lui parler.
- Ici ?
- Ici.
- Ici, où ?
- Ici, au bureau du procureur.
- Et plus précisément ? s’impatienta Benjamin.
- Plus précisément, dans mon bureau.
- Bon et bien, dites lui de venir ici.
- Ici ?
- Oui ici.
- Ici où ?
- … Vous le faites exprès ?
- Oui, ça se voit tant que ça ?
- Non, non, à peine…
- Donc, ici, où ?
- … Ici, dans mon bureau !
- Aaaaaaaah… ça va pas être possible.
- QU- ! Comment ça ?!
- Notre témoin est du genre… timide.
- Avec vous, ça fait un juste milieu.
- Pensez-vous, je ne serais pas venue vous déranger si elle avait pu venir toute seule dans votre bureau.
- Bizarrement, je vous en crois capable.
- Bref, il va falloir vous déplacer, si vous voulez lui parler.
Elle se retourna et se dirigea vers la porte d’un pas décidé, puis se stoppa subitement.
- Au fait, mon bureau, c’est le 3ème à gauche, au 7ème étage. Vous pouvez pas le manquer, il y a mon nom dessus… enfin, ça devrait être facile si vous vous en souvenez…
Sur ces mots, elle referma la porte. Il ne savait pas pourquoi, mais Benjamin avait senti comme une note de reproche dans sa dernière phrase. Il soupira, se laissa aller dans son fauteuil et resta ainsi quelques instant. Puis il se leva et quitta son bureau pour rejoindre le 3ème bureau à gauche au 7ème étage. En effet, il y avait le nom « Anna DUNHAM » parmi les noms affichés sur la porte. Etrangement, quand il voyait un nom écrit, il arrivait à faire le lien entre le nom et la personne. Par contre, faire le lien entre une personne et son nom, ça lui était plus difficile. Il frappa à la porte et entendis une voix lui crier « ENTREZ ! » à travers la porte. « Quels genre de personne y a-t-il dans ce bureau… ? » se demanda-t-il en appuyant sur la poignée.
La pièce, plus petite que son propre bureau, comportait 3 bureaux bien chargés en papiers, pots à crayons, ordinateurs et autres effets personnels. Assis à l’un des bureau, une jeune fille aux cheveux châtain clair et court avait l’air assez nerveuse, pendant qu’une autre, à l’autre beau de la pièce, semblait faire bouillir de l’eau dans une bouilloire électrique. Anna posa la bouilloire sur son socle et se tourna vers le procureur.
- Ah, vous êtes venu, finalement !
- Ce n’est pas comme si j’avais vraiment eu le choix.
- C’est pas faux. Lisa, je vous présente le procureur Hunter, c’est lui qui représentera l’accusation au procès.
La jeune fille répondant au nom de Lisa lança un regard apeuré de quelques secondes à Benjamin, puis détourna les yeux en murmurant un bref « Enchantée » tout faible. « Et bien, cette affaire part bien… » soupira intérieurement Hunter.
- Ah ça, je vous l’avais dit qu’elle était timide
- Certes.
- Lisa, et si vous racontiez à monsieur Hunter tout ce que vous m’avez dit ?
- …
- Hum… et si vous me disiez vous-même ce qu’elle vous a dit ?
- Bah non, c’est impossible ! ça n’aura aucune valeur devant une cour si elle ne vous donne pas elle-même son témoignage !
- … vous marquez un point.
- Je travaille pas ici pour rien, quand même ! Bon, je vais préparer le thé, soyez gentil avec elle !
- Euh, d’accord…
Anna retourna à sa bouilloire, et Benjamin se rapprocha du témoin qui semblait de plus en plus mal à l’aise au fur et à mesure qu’il avançait. Ne sachant pas quoi faire, il pris place sur la chaise du bureau à coté duquel Lisa Desyeux était assise, et commença à lui poser des questions. Malheureusement pour lui, la timidité maladive de la jeune fille était telle qu’elle ne décrocha pas un mot. Désespéré, Benjamin tenta d’appeler Anna à l’aide, mais cette dernière était trop occupée à se battre avec la bouilloire électrique pour s’occuper de leur témoin. La journée avait à peine commencé, le procureur avait déjà hâte qu’elle s’achève. Finalement, Anna avait vaincu la bouilloire et leur servi un thé vert, sans doute en sachet (les goûts de luxe d’Hunter lui ont appris à savoir apprécier le thé en feuille, pas celui en sachet, mais il n’aurait pas été poli de refuser). Elle s’assit sur le bureau près duquel Lisa était assise, et tenta à son tour de faire parler la jeune fille.
- Alors, tu es étudiante, c’est ça ?
- …ou… oui
- Ah ouais ? En quoi ?
- Histoire… de l’art…
- Ouah ! ça a l’air super intéressant ! J’ai fait de l’histoire des arts au lycée, mais même si c’était super, j’ai senti que ce n’était pas fait pour moi. Tu es en quelle année ?
- En 3ème année…
- Et ça te plait toujours autant ?
- Oui… j’aime beaucoup… les études.
- C’est bien ça ! Et c’est pour tes études que tu es allée au parc ?
- Oui… Il y a un lac… dans le parc… avec le coucher de soleil… je voulais le dessiner…
- Voila qui explique ta présence sur les lieux.
Benjamin était abasourdi. Cette fille avait une facilité étonnante pour parler avec les gens, et faire passer une déposition pour une simple discussion entre amis (même si techniquement, elles n’étaient pas amies). Elle avait réussi à mettre le témoin en confiance aussi vite qu’il avait réussi à la mettre mal à l’aise.
- Et c’est en cherchant le lac que vous avez entendu des voix ?
- Oui… deux voix d’hommes… ils avaient l’air de se disputer…
- Et tu as entendu quelque chose en particulier, dans ce qu’ils ont dit ?
- Non, je n’ai pas vraiment écouté… je n’aime pas écouter les discussions privés des gens, c’est malpoli…
- Mais tu m’as dis qu’ils parlaient fort, il y a bien dû avoir quelque chose qui t’as marqué, non ?
- Et bien… peut être oui… l’un d’eux a parlé d’argent…
- D’argent ? demanda Hunter, subitement intéressé par la discussion. C'est-à-dire ?
- Et bien… hésita Lisa, apparemment perturbée par l’intervention du procureur, j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une somme importante… mais je n’en sais pas plus, je suis désolée…
- C’est pas grave, c’est déjà bien ! la rassura Anna. Et après, tu as entendu le coup de feu ?
- Non, pas tout de suite… j’ai eu le temps de marcher un peu… je les avais dépassé de quelques mètres, quand l’un d’eux a tiré…
- Et qu’est ce que tu as fait, à ce moment ?
- Je me suis retournée, sur le coup de la surprise… J’ai vu un homme s’écrouler, et l’autre est resté sans bouger, puis il est parti en courant…
- Et l’homme que tu as vu… commença Anna, en sortant une photo de l’accusé, c’était lui ?
- Ou…oui… j’en suis sûre…
- Bon, fit Benjamin, au moins, on a un témoignage solide en ce qui concerne la reconnaissance de l’accusé.
- Oui, tu nous aides beaucoup, Lisa !
- Ah… tant mieux…
- Quand l’accusé s’est enfuit, qu’est ce que vous avez fait ?
- Et bien… je me suis approchée… et j’ai vu un homme par terre… il y avait du sang partout… je n’ai pas pu m’empêcher de crier… j’ai attrapé mon téléphone pour appeler la police, mais j’ai vu des gendarmes courir vers moi, ils ont dû être alertés par mon cri…
Quelque chose chiffonnait Benjamin, sans qu’il arrive à mettre le doigt dessus. Pendant que Lisa continuait à parler, il relu sa déposition dans le dossier de l’affaire, et remarqua quelque chose qu’il valait mieux éclaircir maintenant plutôt que pendant le procès.
- Mademoiselle Desyeux…
- Ou…oui ?
- Dans votre précédente déposition, vous avez affirmé avoir contacté la police puis avoir attendu son arrivé près du corps, n’est ce pas ?
- Et bien…
- Dites donc ! C’est pas au procureur de trouver des contradictions dans un témoignage, c’est l’affaire des avocats de la défense ! fit remarquer Anna
- Mieux faut que ce soit moi qui mette le doigt dessus plutôt qu’un avocat de la défense en plein procès et que ça tourne à notre désavantage.
- … Ok, un partout !
- Et bien, mademoiselle Desyeux ?
- Oui, euh… en vérité, lors de ma précédente déposition, l’inspecteur m’intimidait tellement, je me suis un peu embrouillée, et sans que je m’en aperçoive, j’ai dit que j’avais appelé la police depuis mon téléphone…
- J’aurais jamais cru que Tektiv pouvait faire peur à quelqu’un…
- Donc, que s’est-il vraiment passé ?
- Je vous l’ai dit, j’ai crié en voyant le corps, et des gendarmes sont arrivés, l’un d’eux a tenté d’appeler les secours, mais un autre lui a dit que c’était trop tard, qu’il devait faire venir du renfort…
- Bien, dit Hunter en se levant. Je vous remercie.
Il quitta la pièce et commença à marcher vers l’ascenseur, quand il entendit quelqu’un l’appeler. Il se retourna, Anna venait de sortir de son bureau juste après lui.
- Au moins, on a évité un sacré malentendu.
- A qui le dites vous. Je connais bien les avocats de la défense, ils ont le chic de mettre le doigt pile là où ça fait le plus mal.
- En parlant d’avocat, vous savez qui assurera la défense de l’accusé ? demanda la jeune brune, avec une regard malicieux
- Et bien, non (mais je sens que vous allez me le dire…)
- Zut, moi je n’arrive jamais à dire son nom correctement…
- (Si elle me dit que c’est « Wright », je jure de mettre mon plus beau costume pour l’audience…)
- Je crois que c’est quelque chose comme « Fendel »
- (… mon costume attendra)
Anna retourna auprès de Lisa, tandis qu’Hunter repris le chemin de son bureau, dans lequel sans qu’il le sache l’attendait quelqu’un…
- Ah, vous voilà, monsieur !
- … Tektiv…
- Vous avez reçu le dossier ?
- Oui, oui, la fille présente sur les lieux hier me l’a donné
- Raaah, zut, elle m’a devancé !
- Ne me dites pas que vous n’étiez venu que pour ça ?
- Non, non ! Je suis venu vous présenter les preuves que nous avons trouvé !
L’inspecteur Dick Tektiv posa sur le bureau d’Hunter une mallette qu’il s’empressa d’ouvrir. A l’intérieur se trouvait un révolver, une balle, des photos d’empruntes de chaussures et de semelles, un dossier d’empruntes digitales et une chemise blanche à manches courtes tachée de sang.
- Alors, commença Tektiv, aussi surexcité qu’un enfant découvrant un nouveau jouet, la balle a été extraite du corps, et provient du revolver que voici, ce même révolver portant les empreintes de l’accusé, le fichier de ses empreintes digitales est juste là… on a retrouvé l’arme dans une poubelle près du parc, il a dû la jeter précipitamment, il n’a même pas pris le temps d’effacer ses empreintes ! De plus, on a retrouvé près du corps des trace de pas, parce que là où ils étaient, c’était du sable qu’il y avait par terre, et par chance l’assassin nous a laissé une empreinte utilisable… et il se trouve qu’elle correspond à la semelle des chaussures que l’accusé portait le jour du meurtre ! Puis enfin, la preuve irréfutable, la chemise de l’accusé, tachée du sang de la victime ! On l’a retrouvée chez lui, il n’a pas eu le temps de la laver !
- … Merci, inspecteur.
- Mais de rien, monsieur ! Il n’y a vraiment pas de quoi, monsieur !
Tektiv sorti du bureau aussi heureux qu’un cochon dans une marre de boue. Benjamin examina les preuves à nouveau, et plus en détail, et se dit qu’en effet, elles semblaient toutes pointer du doigt l’accusé comme étant l’assassin. Une affaire vraiment simple, en somme… trop simple…
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